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Une guerre civile entre Musulmans,
Falter/Courrier International, 28.7.2005
Les attentats ne visent pas notre mode de vie
Raimund Löw, Falter, Vienne
o Journaliste et historien viennois, Raimund Löw dirige actuellement
le bureau de l'ORF, la radio-télévision autrichienne, à
Washington. Il publie régulièrement ses analyses de politique
internationale dans des revues européennes ou américaines.
Tony Blair, et auparavant George Bush, affirment que les terroristes nous
agresseraient parce qu'ils "haïssent notre liberté"
(Bush) ou qu'ils "veulent détruire notre mode de vie"
(Blair). Ce n'est pas le mode de vie occidental qui est en jeu, mais l'influence
américaine au Moyen-Orient. Oussama Ben Laden ne prétend
pas hisser l'étendard vert du Prophète sur Westminster.
Les bombes de Londres sont, dans la logique des djihadistes, des représailles
contre l'engagement de Tony Blair aux côtés de George Bush
dans la "guerre contre le terrorisme". Elles ont donc également
peu à voir avec les problèmes d'intégration des musulmans
en Europe ou aux Etats-Unis. Les fantassins de cette guerre viennent peut-être
de mosquées intégristes à Hambourg, Londres ou Madrid.
Mais c'est pour l'Irak, l'Arabie Saoudite et l'Egypte qu'ils se battent,
des pays que l'Occident démoralisé finira par abandonner
aux fanatiques, qui pourront alors imposer des régimes dignes des
talibans.
Le journaliste anglo-américain Christopher Hitchens, qui s'est
fait de nombreux ennemis par son vigoureux soutien à la guerre
en Irak, voit dans les attentats de Londres non un "choc des cultures"
prétendument inévitable, mais les conséquences d'une
guerre civile entre musulmans : un mouvement d'extrémistes fondamentalistes
fascistes s'oppose à l'ensemble du spectre religieux de l'islam,
en particulier aux cliques au pouvoir dans la région. De façon
caractéristique, Edgware Road Station, site de l'une des explosions
[du 7 juillet], est située dans un quartier à forte population
musulmane. Les auteurs des attentats devaient savoir qu'il y aurait des
musulmans parmi les victimes. Le message des terroristes était
autant adressé aux musulmans britanniques qu'au reste du pays.
Il ressort d'une étude réalisée pour le New York
Times par le politologue Robert A. Pape que la grande majorité
des 67 auteurs d'attentats-suicide perpétrés par Al Qaïda
entre 1995 et 2004 étaient originaires soit d'Arabie Saoudite (34)
ou d'autres proches alliés des Etats-Unis comme le Maroc (12),
la Turquie (4) ou l'Egypte (2) et le Pakistan (2). Pas un n'est issu d'Etats
que Washington dénonce depuis des années comme favorisant
le terrorisme, tels que l'Iran, la Libye, le Soudan ou l'Irak. Conclusion
de Pape : sans activistes venus de pays musulmans comptant une présence
militaire américaine massive, Al Qaïda se retrouverait bien
vite sans combattants.
Or, dans les années à venir, cette présence est vouée
à se renforcer. En dépit de concessions envers ses alliés,
la direction américaine reste fidèle à ses visions
impériales. Quant à l'importance stratégique du Moyen-Orient,
elle ne fera que croître, face à la réduction des
réserves pétrolières. En Irak se profile une longue
guerre antiguérilla contre un mouvement insurrectionnel fondamentaliste.
Quant aux régimes arabes pro-occidentaux, ils sont menacés
de chaos révolutionnaire. Il est fort probable que cette "guerre
civile entre musulmans" se poursuive, avec toutes les conséquences
que cela peut avoir pour le monde occidental.
La sécurité du territoire reste donc une question incontournable.
Peut-être l'Europe verra-t-elle apparaître un train de mesures
d'exception du type du "Patriot Act" américain, entraînant
un élargissement considérable des compétences de
l'exécutif. Avec chaque nouvel attentat, il devient plus difficile
d'éviter les arrestations abusives et le développement de
systèmes de surveillance hypertrophiés. Tout ce qui est
fait au nom de la sécurité est pour ainsi dire inattaquable.
Le maire de Londres lui-même, le travailliste Ken Livingston, qui
défend avec une grande dignité la tradition d'ouverture
au monde de sa ville, n'a plus rien contre la mise en service de nouvelles
caméras de surveillance dans le métro.
On peut malgré tout se demander si la ressemblance entre les menaces
terroristes en Europe et aux Etats-Unis rapprochera effectivement les
alliés, comme l'escomptent les conservateurs américains.
La politique de Washington ne veut pas dévier du concept de la
"guerre contre le terrorisme". En Europe, en revanche, on rappelle
avant tout que chaque jour, les conditions de détention à
Guantánamo et Abou Ghraib produisent de nouveaux combattants ennemis.
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